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12/10/2020 (2028)

 

L’homme et l’Église selon Maxime le Confesseur

Saint Maxime le Confesseur, d’après l’auteur de l’ouvrage « Pères byzantins des V-VIII siècles » George Florovsky, donne une synthèse des pensées des saints pères d’avant. Il s’agit ici, bien entendu, de l’Église spirituelle qui est le corps du Christ.

 

Il y a deux plans dans le monde : spirituel ou intelligible, et sensible ou corporel. Et entre eux, il y a une correspondance stricte et exacte... Le monde sensible n'est pas un fantôme transitoire, il n'est pas une décomposition ou une dépréciation de l'être, mais fait partie de la plénitude et de l'intégrité de l'être. Il est une image, un type ou un symbole du monde spirituel. Et par essence, le monde est un tout unique. Car le monde intelligible tout entier est reflété mystérieusement et symboliquement (en eidos symboliques) dans les images sensibles – pour ceux qui savent voir. Et le monde sensible est entièrement contenu dans l'intelligible par ses raisons (τоϊς λόγоις). Notre monde est contenu dans l'autre, par ses logos. Et le monde intelligible est présent dans le nôtre, en ses images (тоίς тύπоις). La connexion entre les deux mondes est inséparable et sans fusion – Maxime la définit comme « l'identité par hypostase ». « Le monde intelligible est dans le sensible comme l'âme dans le corps, et le monde sensible est connecté au intelligible comme le corps est lié à l'âme. Les deux mondes forment un seul monde, tout comme l’homme est composé d'âme et de corps... » En soi, l'essence matérielle (la matière) est un principe du non-être. Mais elle est toute tenue par les paroles spirituelles (logos) ; et le révélé, ou les phénomènes, est ancré dans l'intelligible (par les noumènes). C'est ainsi que le monde matériel tout entier est communié et participe à la Parole. Et ce n'est qu'à travers cette communion qu'il naît du non-être...

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Selon saint Maxime, le but de l'homme est d'embrasser et d'unir en lui le monde entier et de le réunir avec la Parole Qui contient en Lui de toute éternité les raisons de la vie de toute existence. L'homme doit tout unir en lui et à travers lui-même lier à Dieu. Il est appelé à cela dès la création. Et cette vocation contient déjà le mystère de l’Homme-Dieu. ...

 

L'homme a été créé dans la liberté. Il devait s’établir en liberté. Et il a chuté en liberté. La chute est un acte de volonté ; et le péché est principalement dans la volonté – c’est un état, ou un mode, ou une attitude de la volonté... L'homme est un être libre ; cela signifie qu'il est un être volontaire. Et le péché est un choix erroné et une fausse inversion de la volonté. Le mal est la faiblesse et le manque de volonté. Le mal n'existe pas en lui-même. Le mal est réel dans la perversion libre de la volonté intelligente qui s'écarte de Dieu et ainsi vers le non-être. L’inexistence du mal, c'est premièrement cette attitude, la volonté pour le non-être...

 

La chute se manifeste principalement dans le fait que l’homme tombe dans une obsession de la passion. La passion est une maladie de la volonté. C'est une perte ou une restriction de la liberté. La hiérarchie des forces naturelles de l'âme est pervertie. La raison perd la capacité et le pouvoir de contrôler les forces inférieures de l'âme – l’homme se soumet passivement, c'est-à-dire passionnément, aux forces élémentaires de sa nature, l'âme emportée par ces forces tourbillonne dans leur mouvement désordonné... La cause est un aveuglément spirituel. La faiblesse de la volonté est liée à l'ignorance de l'esprit. L'homme oublie et perd la capacité de considérer et de reconnaître Dieu et le Divin. Sa conscience déborde d'images matérielles... Le péché et le mal sont une orientation vers le bas et l’éloignement de Dieu. Non seulement l'homme ne transforme pas et ne spiritualise pas le monde, la nature, où il a été désigné prêtre et prophète, non seulement n'élève pas la nature au-dessus de son niveau ; mais il s’avilit lui-même, tombant en dessous de sa mesure. Et appelé à la déification, il se fait similaire aux bestiaux qui ne sont pas dotés d'esprit. Appelé à l'être, il choisit le non-être. Créé de l’âme et du corps, l’homme perd dans la chute son intégrité, se divise. Son esprit devient grossier, débordant d'images terrestres et charnelles. Et le corps même devient grossier...

 

Le sort de l’homme est décidé dans l'Église... L'Église est l'image et la ressemblance de Dieu. Déjà, du fait de son unité. « Car, par la grâce de la foi, elle produit dans les croyants cette unité non fusionnée que le Créateur Qui contient tout en Lui, produit avec Sa puissance et Sa sagesse infinie dans diverses choses existantes. » L'église unit en elle les fidèles. Ou plutôt, le Christ réunit en elle avec Lui Ses créatures, qui ont reçu de Lui leur être... Et en même temps, l'Église est l'image et la ressemblance du monde entier, est une sorte de microcosme. L'Église est un semblant de l’homme et une sorte de macro-homme...

 

L'Église se construit et grandit jusqu'à ce qu'elle comporte tous les appelés et les prédéterminés. Et puis la fin du monde viendra. Alors le temps et tout mouvement s'arrêteront – tout s'arrêtera, devenant stable. Le monde mourra parce que deviendra décrépit ; il mourra de son côté visible, mais il ressuscitera, nouveau de l'obsolète, le jour de la résurrection attendue. Et l’homme ressuscitera avec le monde comme une partie du tout, comme le grand dans le petit. La résurrection sera le renouvellement et la spiritualisation. Il n'y aura plus de décomposition. La créature recevra une existence à tout jamais, l’indestructibilité, et c’est pour l'homme. Dieu sera tout en tout. Tout deviendra le symbole parfait de l'unique Divinité. Dieu sera manifesté de tout. Rien ne restera en dehors de Dieu. Saint Maxime rappelle l'analogie bien connue du fer rouge. Et pourtant, dans cette flamme Divine, ni la nature, ni l'homme, ni même « l'autocratie » ou la liberté de l'homme ne brûleront...

 

Dans ses réflexions eschatologiques, saint Maxime est très proche de Grégoire de Nysse, et à travers lui, d'Origène. Le même enchaînement de pensées : la désagrégation et restauration de l'harmonie originelle (ἀποκατάστασις). Mais c'est la restauration de la nature, pas de la liberté. La nature sera restaurée totalement et complètement. Mais cela ne signifie pas que la liberté sera complètement redéfinie vers le bien. Car la liberté ou la volonté est une réalité particulière qui ne peut être réduite à rien d'autre... On peut penser que Maxime apprit cette particularité et l'irrationalité de la volonté par l'expérience de la lutte ascétique. Connaître le bien ne signifie pas l’aimer (ou le choisir). L’humain est capable de ne pas aimer le bien reconnu. Ici, saint Maxime est directement en désaccord avec Grégoire de Nysse... Le Logos sera tout pour tout le monde. Mais ce ne sera pas un samedi béni et la paix pour tout le monde. Pour les justes, le feu du Divin se manifestera comme une lumière éclairante ; pour les impies, comme une flamme brûlante. Pour ceux qui faisaient des efforts en rassemblant dans l'effort leur vertu naturelle, ce sera la joie et la paix. Pour ceux qui ne sont pas prêts, cela ne peut être que l'anxiété et la douleur... Toute la nature sera restaurée dans ses mesures originelles et primitives. Dans Son amour incommensurable, Dieu embrassera toute la création, les bons et les mauvais ; mais tous ne participeront pas de la même façon dans Son amour et Sa joie. Saint Maxime distingue : la déification avec la grâce et l'union sans grâce. Tout ce qui existe, participe en Dieu, ayant son existence même de Lui et contenu par Ses énergies. Mais ce n'est pas encore la participation de grâce. Dans l'accomplissement des destins, Dieu restaurera l'intégralité de Sa création non seulement dans l'être, mais aussi dans l'être éternel ; cependant, pas dans l'être de grâce. Car l'être de grâce ne peut être donné de l'extérieur, sans l’amour qui le recherche et perçoit.

 

Dieu donnera et rendra aux pécheurs tout ce qu'ils ont perdu par le péché, et rétablira leur âme dans la plénitude de sa force et de ses capacités naturelles. Ils acquerront l’aptitude à connaître spirituellement et à estimer moralement. Ils connaîtront Dieu. Peut-être qu'ils perdront même la mémoire du péché et viendront à Dieu – dans la compréhension. Mais ils ne participeront pas à Ses béatitudes. Seuls les justes sont capables de goûter et d'apprécier, eux seuls participent à la Vie. Et les gens de mauvaise volonté, qui se décomposent dans leurs pensées et leurs désirs, sont loin de Dieu, étrangers à la vie, meurent constamment (se détruisent). Ils ne goûteront pas à la vie. Et ils languiront du remords tardif, de la conscience du chemin dépourvu de sens, parcouru déjà jusqu'au bout. Ce sera une douleur et un chagrin indicible... Selon la pensée de saint Maxime, ce n'est pas Dieu, mais le pécheur lui-même qui se prépare le tourment et la douleur pour le jour du jugement. Car la béatitude et la joie ne sont possibles que par la libre harmonisation de la volonté humaine avec la Divine, par l'accomplissement libre et créatif des déterminations Divines, par la sanctification et la transformation de la volonté même dans l’accomplissement de Ses commandements. Saint Maxime ne suppose pas qu'une claire connaissance de la vérité doit nécessairement prédéterminer la volonté de vérité... Maxime réfute directement le concept du rétablissement d'Origène. Bien sûr, le mal et le péché ne sont que dans la volonté ; mais cela ne veut pas dire qu'ils se disperseront comme un fantôme. En tant qu'ascète et théologien qui défendait la réalité de la liberté humaine (volonté) dans le Christ, Maxim ne pouvait que contredire Origène et ses adeptes dans leur intellectualisme...

 

La justification ultime de l’effort est dans la différence du destin d'au-delà. L’effort fait partie intégrante du jugement dernier. Car l'homme est précisément appelé à un effort créateur et à l’action. Il est appelé à embrasser la volonté de Dieu par sa volonté. Et seules les personnes de bonne volonté (qui ont les aspirations justes) trouveront une satisfaction dans les destins de Dieu, et trouveront le but et l'accomplissement de leur vie dans l'amour et la joie de la communion avec Dieu. Pour les autres, la volonté de Dieu restera un acte extérieur... La déification est le but de la créature ; pour cette fin est créé tout ce qui a commencé à être. Et tout sera déifié – Dieu sera tout et en tout. Mais cela ne sera pas fait de force. La déification doit être acceptée et vécue dans la liberté et l'amour... Saint Maxime tire cette conclusion de la doctrine christologique précise de deux volontés et deux actions.

 

 

Source Pères byzantins des V-VIII siècles

Traduit par Olga (TdR)