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26/05/2020 (2028)

 

Titre enlevé, pour cette raison

 

Le destin de l’homme

Le sort de l’homme selon saint Grégoire de Nysse. Extrait du livre de G. V. Florovsky « Pères orientaux du IV siècle »

 

Le sort de l'humanité est déterminé par la destination Divine et le libre-arbitre. L'homme est créé libre et une tâche dynamique lui est fixée. Ce problème dynamique n'a pas été résolu. L’effort de la volonté s’affaiblit, l'inertie de la nature a surpassé l'aspiration à Dieu. Cela a provoqué la chute de l'humain et la discorde à travers le monde. L'univers a cessé d'être un miroir des beautés Divines, car l'image de Dieu inscrite dans le monde est devenue trouble. Ainsi est entré le mal dans le monde. Le mal est de l’inexistant et n'a aucun fondement pour lui dans la volonté Divine. Et donc, le mal « n’existe pas en soi, mais par la privation du bien »... Comme le dit Grégoire, « le mal, c'est le nom de ce qui est en dehors de l’idée du bien »... C'est comme inexistant que le mal est essentiellement opposé au Bien existant – à ce qui a son fondement dans la volonté créatrice de Dieu. Cependant, dit Grégoire, « paradoxalement, le mal a son être dans le non-être même »... Le mal n'est pas un fantôme, bien qu'il ait un caractère de privation, consiste en privation ou manque de bien. « Au-delà du libre-arbitre, il n'y a pas de mal indépendant », toute la réalité du mal est en arbitre pervers. C'est une herbe dépourvue de racines qui n’a pas été semée... Et pourtant, le mal est réel, bien qu'instable, « n’a pas d’hypostase ». C'est une sorte d'ombre qui paraît lorsque le rayon est retiré. D’où saint Grégoire conclut à l'abolition définitive du mal qui doit tomber de la nature bonne et saine comme une galle et une écorce. Et cette abolition du mal n'est pas une dispersion d'un fantôme, mais une éviction difficile de la réalité maléfique. Cela détermine le contenu du processus historique. Dans ces vues, Grégoire est plus proche d'Origène que de Platon de qui il ne prend que des mots.

 

L’origine du mal, qui est dans une déformation de la volonté, tient au fait que « la variabilité de la nature glissa chez l'homme dans la direction opposée ». Ce tournant de la volonté est contraire au naturel et l'endommage, le détruit. « Se détacher du vrai Existant, dit Grégoire, signifie la détérioration et la destruction de ce qui existe »... Mais comment ce virage de la volonté de l’existant à l’inexistant est-il possible ? Comment ce qui n'existait pas et qui n'existe pas, peut agir sur la volonté et la motiver ? La solution à ce mystère du premier péché et de la chute est en ce que le premier homme a reçu une tâche dynamique. Le désir du bien est inhérent à la nature humaine, mais pas la distinction du bien ; et la reconnaissance du bien est une tâche pour l'homme. Qu'est-ce que le bien, l’homme devait l’apprendre. Et le sens de la chute est dans la tromperie : trompé par l’apparence extérieure, « ayant fait une erreur dans le désir du vrai bien », l’homme a pris le « fantôme du bien » pour le vrai bien, il a imprudemment reconnu comme beau ce qui agrémente les sentiments. C'est un jugement erroné – le jugement selon une mesure inappropriée... « Car le mensonge est une sorte d'idée de l’inexistant qui naît dans l'esprit, l’idée sur ce qui n’existe pas, comme s'il existait – mais la vérité est une notion incontestable de l'Existant »... L’homme s’est laissé tromper, trompé par envie. Un ange supérieur fut offensé par la création de l'homme à l'image de Dieu... C’est la deuxième racine du mal et du péché – dans le monde angélique. Il introduit l’homme dans la tromperie, « il s'approche insidieusement de l’homme avec la tromperie, le persuadant d'infliger la mort à lui-même et devenir suicidaire »... Le serpent séduit Ève avec un « fantôme de bien », un plaisir sensuel, « avec ce qui est plaisant à regarder et agréable pour le goût ». Il est difficile de dire comment saint Grégoire voyait l’arbre défendu, de façon réaliste ou allégorique ; mais il est clair en quoi il voyait la signification de l'interdiction paradisiaque : « Les premiers parents ont reçu l'ordre de ne pas acquérir avec la connaissance du bien la connaissance de l’opposé, mais éviter ce qui est à la fois le bien et le mal, et jouir du bien pur, non mélangé et pas impliqué dans le mal »... Le mal est ambigu et trompeur par nature : le poison mélangé avec du miel. Et l'arbre de la connaissance du bien et du mal est ainsi nommé parce qu’il « donnait un fruit fusionné et mélangé, combinant des qualités opposées »... La connaissance du bien et du mal ne signifie pas distinction, mais attraction – l'attraction vers le vague, vers le mal sous l'apparence du bien. Le fruit de l'arbre défendu n'est pas un mal parfait (car il fleurissait de beauté), mais il n’est pas le bien pur (car il dissimulait le mal en soi) – c'est un mélange des deux. En d'autres termes, une ambiguïté... Une séduction sensuelle est née chez l’homme de la sphère inférieure de l'âme, de sa force lubrique, distraite par la matière et éludée de la rétention de l'esprit – l'esprit perd ainsi son pouvoir royal. Et l'interdiction est violée. Cela signifie que le péché est aussi l'insubordination de la volonté, c'est-à-dire le mal a non seulement une signification objective, mais aussi éthique. C'est l’attirance pour le sensuel, « la passion du plaisir, la disposition matérielle et passionnée », et non pas le sensuel comme tel, qui est le péché et le mal, la racine et le commencement du péché et du vice. L'esprit, comme un miroir tourné dans la direction opposée, « laisse les traits clairs du bien inexprimés et reflète la laideur de la matière ». Et c’est par la séparation du supérieur que la matière s'avère laide... Par la chute, l'homme tombe dans les lois du monde matériel, devient mortel, périssable, et meurt. La mort, le passage vers la mort, le changement des formes et des générations, la naissance et le développement, tout cela est intrinsèque dans le monde naturel ; dans la nature, ce n’est ni vice ni maladie. La mort n'est pas naturelle et est donc douloureuse chez l’homme seulement ; cependant, selon saint Grégoire, elle est à la fois une sorte de cure bienfaisante pour l'homme, un chemin de résurrection et de purification. Par conséquent, la guérison de la corruption du péché sera accomplie lors de la résurrection qui est en même temps la restauration de l'impérissabilité originelle.

 

Ce rétablissement – la guérison et la conversion de l’homme – est impossible, inexécutable par les forces naturelles. Il y a une irréversibilité dans le mal, l’inertie du faux mouvement. Une nouvelle action créatrice de Dieu est nécessaire pour le salut. ...

 

L’homme ne participe pas à la mort et la résurrection du Sauveur via la parenté du sang ni la consubstantialité, mais par la foi. « Le nouvel être se fait de deux façons », par le baptême et la résurrection. Le baptême est une nouvelle naissance « dont le début n’est pas la corruption et dont la fin n’est pas la pourriture, mais qui introduit le né dans la vie immortelle ». Le baptême est le début de la résurrection, la sortie du « labyrinthe » de cette vie : « la garde implacable de la mort, dans laquelle la pitoyable race humaine est emprisonnée, je l'appelle au figuré le labyrinthe ».

 

Le chemin de l’effort est déterminée par l'appel à la filiation : « Ayant ordonné de dire dans la prière que Dieu est notre Père, le Seigneur nous commande de se faire assimilés au Père céleste par la vie pieuse ». En ce sens, nous pouvons dire que « le christianisme est l’imitation de la nature de Dieu »... Le début de l'effort est l'amour de Dieu ; et l'amour s’épanche dans la prière : « celui qui flambe d'amour, ne trouve jamais la saturation dans la prière, mais brûle toujours du désir du bien »... Le commandement d'assimilation et d'« imitation » ne dépasse pas l'humilité et la mesure de notre nature, car la première disposition de l'homme était précisément selon l'imitation de la ressemblance de Dieu... Cependant, s’assimiler véritablement à Dieu n'est possible que pour une personne renouvelée, qui représente l'image purifiée et restaurée, et uniquement par le Christ, en Qui le renouvellement fut accompli. En même temps, c'est un processus sans fin, « car cela veut dire imiter ou devenir conforme à l'infini ».

Le chemin de l'ascension peut être défini sous différents angles. C'est d'abord la victoire sur le charnel et le sensuel, la libération « de tout mouvement sensoriel et déraisonnable », la restauration de la domination royale de l'esprit, ce « pilote de l’âme ... Il est possible de s'élever à Dieu seulement en regardant toujours vers le haut avec une soif incessante pour le supérieur ». Cette victoire est l’absence de passions, dit Grégoire : « se libérer des passions est le début et le fondement de la vie vertueuse ».

 

Il faut souligner que selon la pensée de saint Grégoire, l’impassibilité est la voie médiane et « la médianité est la propriété de la vertu » ; c'est d’après Aristote. La vertu doit être proportionnée et opportune. Le chemin de la vertu serpente comme un sentier étroit au-dessus des pentes de deux abîmes. L'âme doit vaincre les dépendances sensuelles, mais ne doit pas tomber dans l'excès dans la lutte contre elles, – « la surveillance du corps » trop persistante distrait l'âme du meilleur, l'entraîne « dans le cercle des préoccupations et des soucis mesquines » ; et les gens emportés par la lutte « ne sont plus en mesure de s’élever d'esprit et de contempler le sublime, souciés de déprimer et d'écraser leur chair ». La vraie tâche de l'abstinence n'est pas de déprimer le corps, mais de le mettre au service de l'âme. La vertu n’est ni la timidité ni l’audace, mais le courage, moyen entre elles. Pas la ruse, ni la simplicité, mais la sagesse. Pas la sensualité, ni la répugnance, mais la chasteté. Et même la piété est un croisement entre la superstition et l'impiété. La corde doit être tendue avec modération, sinon elle ne fera pas un son clair et pur. Saint Grégoire préférait la virginité et chantait sa pureté, mais ne dédaignait pas le mariage. Il soulignait que ce n’est pas la virginité physique qui importe, mais « le mode de vie pieux » qui est obligatoire pour tout le monde, faute de quoi la virginité même se révèle être « un anneau dans le nez du porc »... Il dit : « Il ne faut en aucun cas rejeter les exigences de la nature et condamner l'honorable comme le déshonorant ». Et il dénonce vivement les abstinents dégoûtés [1] : « Enseignés par des démons, ils gravent une marque sur leur cœur, dédaignant les créations de Dieu comme impures » ... La tâche de la lutte n'est pas de tuer le corps, mais « de tuer les passions et le péché, de soumettre le corps à la loi de la raison, d'apaiser l'âme et le corps – de conduire l'émeute intestine du naturel en soi-même à l’entente paisible ».

 

La vie vertueuse est un rassemblement et une simplification de l'âme ; Grégoire comprend la simplicité non pas comme l’absence de qualité, mais comme l'intégrité. Dans la victoire contre les passions distrayantes et corrompantes, l’homme « devient étranger au dualisme, revient justement dans le bien, devenant simple, indescriptible, et vraiment uni, de sorte qu'en lui le visible et le secret, le caché et le visible, est une seule et même chose »... Cette intégrité s'exprime dans l'amour, surtout dans l'amour miséricordieux qui pardonne tout. Qui le Seigneur promet-Il de béatifier au jugement général, et pour quoi ? « Pas pour s’être vêtus de vêtements impérissables, ni pour avoir lavé leurs péchés, mais pour avoir fait les œuvres de l'amour. Et suit immédiatement une liste des nourris, désaltérés, vêtus »... Et pardonne nos dettes, comme nous pardonnons à ceux qui nous doivent (Mt. 6:12) – c'est le summum de la vertu, au-delà des limites du naturel... Car le pardon est propre au Dieu seul, et celui qui pardonne, « fait lui-même semblable à un second Dieu ». La charité révèle de la conscience de la communauté, la conscience des dettes et des péchés communs à la nature humaine, le dépassement de l'amour-propre et de l'isolement... Tous sont créés à l'image de Dieu, tous portent l'image de notre Sauveur, et Dieu favorise tous. L'amour pour les autres est inséparable de l'amour pour Dieu. L'un n'est pas possible sans l'autre. Et l'amour est une sorte de connexion intérieure ou de fusion avec un être cher. Cette connexion est réalisée dans l'Église : dans le symbolisme du Cantique des Cantiques, « l'Église est désignée par un fil, de sorte qu’elle devient un seul fil et une seule chaîne »... L'amour parfait chasse la peur et la peur se convertit en amour ; « tous qui se sauvent sont alors une unité dans la liaison mutuelle de tous en affinité avec le bien ». Cette affinité avec l'unique Bien, dans l'unité du Saint-Esprit, est le fondement de l'unité humaine de l'amour. L'humanité n'est réunie que lorsqu’elle est porteuse d’esprit, et l'unité de la vie personnelle est renforcée alors par l'unité de la vie fraternelle.

 

Source Pères orientaux du IV siècle

Traduit par Olga (TdR)