Ваш браузер устарел. Рекомендуем обновить его до последней версии.

18/11/2020 (2028)

Titre enlevé, pour cette raison

 

Sur le chemin de la perfection. Saint Isaak le Syrien

Un autre chapitre du livre familier donne une idée de la vision du grand ascète. Les paroles citées de saint Isaak figurent entre guillemets. Certes, les « parallèles platoniciens » de l’auteur du livre, G. V. Florovsky, sont contrariants.

 

La repentance est la mère de la vie. C'est le don le plus élevé pour l'homme, « la grâce la plus élevée » – la possibilité de se convertir et revenir, la « porte de la miséricorde ». La repentance est « la seconde grâce » (après le baptême), « la seconde renaissance donnée par Dieu ». En même temps, ce n'est pas un seul moment, mais aussi un motif constant de la vraie vie. Car personne n'est encore au-dessus de la tentation, et la repentance ne peut jamais être définitive. « La repentance est toujours appropriée pour tous les pécheurs et les justes qui cherchent le salut. Et il n'y a pas de limite à la perfection, si bien que la perfection des parfaits mêmes est encore l'imperfection. Par conséquent, jusqu'à la mort, il n'y a pas de limites à la repentance, ni dans le temps ni dans les actes. » Il faut toujours « se méfier de sa propre liberté... » La repentance est une sorte de frissonnement de l'âme devant les portes du paradis : comment vais-je franchir cette entrée ineffable ? Les pleurs et la repentance ouvrent la voie à la vraie joie et au réconfort. « Car l'homme vient des pleurs à la pureté spirituelle...» Et par souci de repentir, le moine entre dans la solitude, choisit le silence, renonce au monde, se sépare des gens, évite les foules... La quiétude et la repentance sont inextricablement liées. L’âme aspire à la solitude devant Dieu. « Béni soit celui qui s'est retiré du monde et de ses ténèbres, et qui n'écoute que lui-même »… L'érémitisme est avant tout un exode intérieur ou un abandon du monde. C'est l'attitude intérieure de l'âme : « se démunir et quitter le monde ». Et le monde est aussi une sorte de réalité en soi. « Du point de vue spéculatif, le monde est un nom collectif, englobant tout ce qu'on appelle la passion » (τά πάθη). Le monde est composé de passions comme de ses éléments constitutifs. « Les passions sont des parties du flux continu du monde, et là où les passions cessent, sa continuité s'arrête. Là où les passions cessent de couler, le monde meurt... » Car l’homme quitte les connexions du monde. « En bref, le monde est la disposition charnelle et le raisonnement charnel. » Et la sortie du monde est avant tout un nouvel état d'esprit. Le monde est une dissipation et distraction, un flot de passions. Et le renoncement au monde est une concentration, collection et recueillement, force et fermeté, ou la constance de l'âme. « Les passions sont quelque chose de supplémentaire », l'âme est par nature sans passion, mais elle est impliquée dans le tourbillon des passions, s'y introduit ; et « elle est alors hors de sa nature ». La passion est une nouvelle digression, la perte du « grade primitif » par l'âme. Alors l'âme est attirée dans le monde... et peut le quitter. C'est pour elle un retour à elle-même – et une libération « des lois » (c'est-à-dire de la nécessité du monde). Et c’est la repentance qui est cet exode constant, un changement de mode de pensée (μετανоία), une nouvelle disposition de l'esprit ou de la pensée.

 

L'homme est connecté au monde par les sentiments, par les impressions sensorielles – moins par le corps lui-même que par la sensibilité. Cette soumission aux impressions sensorielles est à l’origine de l'impureté de l'âme ; la vivacité des impressions sensorielles entraîne la mort et l’engourdissement du cœur. Les images sensorielles aveuglent la vision psychique, interfèrent avec la vraie vision ; les passions brûlent la connaissance de l'âme. Et par conséquent, purifier l'âme, c’est surmonter, même éteindre (reclure) les sentiments. Alors une vision vraie et fidèle devient possible. L'âme voit dans le monde vrai, et dans cette illumination, commence à voir clair.  C'est ainsi que le motif platonicien se répète chez saint Isaac. Le monde est une tromperie des sens. Et la véritable connaissance ne se réalise pas par les sentiments. La perception sensorielle est plutôt quelque chose de contre nature... « L'état naturel de l'âme est la connaissance des créatures de Dieu, sensorielles et mentales... Un état non naturel est l’agitation de l'âme dans les troublés par les passions. » Car seule la connaissance de la créature dans ses raisons réelles est véritablement fiable : la connaissance de ce qui existe en tant que créature de Dieu, la connaissance spirituelle de celle-ci, c'est-à-dire la contemplation de la sagesse de Dieu agissant dans la création – la sensation des secrets divins cachés dans les choses et dans leurs causes... Seule la connaissance de l'authentique peut être authentique, c'est-à-dire la connaissance de ce qui est vrai dans les choses, de ce qui existe effectivement (encore un motif platonicien). Le renoncement au monde, à l'égard de la connaissance, est avant tout, une distraction de tout ce qui est transitoire et « accessoire » (non naturel) dans les choses, et la vision de l'impérissable. Quitter le monde imaginaire, quitter l'oubli de soi dans l’imaginaire, et donc se retrouver. C'est le sens de la purification (κάθαρσις).

 

« La quiétude tue les sentiments extérieurs et ressuscite les mouvements intérieurs. » C'est son sens et sa puissance purifiante. Dans la quiétude, la vraie connaissance commence (ou « science », gnose). « Et la cellule de l'ermite est cette crevasse dans le rocher où le Seigneur a parlé à Moïse… » Il y a des échelons dans la connaissance. Le premier échelon est la connaissance charnelle, « connaissance nue », fermée dans ce qu'il arrive. C'est un échelon faux et dangereux, il faut le quitter. Au deuxième échelon, l’homme est occupé par les désirs et les pensées d’âme et découvre la nature même de l'âme. Il comprend alors la sagesse et la providence dans l'ordre et le cours des choses. Mais ce n'est pas assez. Ce n'est qu'au troisième stade que l’homme acquiert la spiritualité, et la connaissance devient spirituelle, s'élève au-dessus de tout ce qui est terrestre. « Maintenant, la connaissance peut voler dans le domaine de l’immatériel, toucher les profondeurs de la mer intangible, appréhendant par intelligence les actions Divines et miraculeuses de la providence dans la nature des êtres sensoriels et mentaux ; et explore les mystères spirituels compréhensibles par une pensée subtile et simple... » Il faut se souvenir : tout le temps, il s'agit de la connaissance le monde. Et il y a encore un niveau le plus élevé, lorsque la mesure de la nature est dépassée – le mental est purifié par l'influx de l'Esprit et est ravi à la contemplation divine. C'est déjà autre chose, pas seulement de la gnose. C'est déjà le début de la perfection... « L'échelle du Royaume est en toi, elle est cachée dans ton âme. Plonge dans toi-même ; la profondeur du péché dépassée, tu trouveras les échelons à monter... »


Saint Isaac parle avec insistance de la liberté. La liberté est une source et une sorte de bifurcation entre le bien et le mal. Le mal s’est réalisé via la liberté. Et le bien ne peut être réalisé autrement que via la liberté, c'est-à-dire par l'exercice et l'avancement. Et Dieu Lui-même agit sur l'âme « dans le mystère de la liberté ». La vie du siècle à venir est « la patrie de la liberté... » L'avancement n'est possible que via la liberté, mais la liberté n'est possible que par l'effort, est réalisée et renforcée dans l'effort. L’effort est la lutte et la fermeté de la volonté. La lutte est permise par Dieu pour l’épreuve ; la chute expose chaque faiblesse ou contrevérité. « Car le Seigneur est omnipotent et plus fort que tous, et Il est toujours vainqueur dans un corps mortel quand Il accompagne les exercitants dans la bataille. Et s'ils sont vaincus, il est évident qu'ils sont vaincus sans Lui. Cela signifie que par la déraison de leur volonté, ils se sont éloignés de Dieu. » Cela signifie que leur zèle s'éteignit, leur détermination s'affaiblit. Et il faut acquérir à nouveau la miséricorde de Dieu par l'humilité et le renoncement... La puissance de Dieu se révèle seulement à travers la recherche de l'homme. « Ce monde est une compétition, et ce temps est un temps de lutte. » Et bienheureux est celui qui est tout le temps éveillé, jusqu'au port mortel...

 

La force motrice de l’avancement est la prière, et de la prière, l'amour naît et s'enflamme. Saint Isaac définit la prière de manière très large : c'est « chaque conversation qui se fait en secret (intérieurement), et chaque souci du bon esprit au sujet de Dieu, et chaque méditation sur le spirituel ». En d'autres termes, toute action consistant à se présenter devant Dieu, en pensée, en action, en parole... L’avancement est en ce que la prière devienne incessante : prier toujours ou rester éveillé, se tenir consciemment devant Dieu. Cela vient de l'Esprit. Par conséquent, la prière incessante est un signe de la perfection, elle montre que l'homme « est déjà monté au sommet de toutes les vertus et est devenu une demeure du Saint-Esprit ». Car cette constance est possible seulement par la puissance de l'Esprit. C'est le summum de la prière et plus que la prière... La prière commence par une demande – une demande et un souci de quelque chose. Mais avant tout, c'est le mouvement de l'âme, son plein effort vers Dieu, le théocentrisme. On peut dire que la prière est une disposition théocentrique de l'âme – dans la vraie prière, « la contemplation de l'esprit est dirigé vers Dieu seul ; l'esprit dirige tous ses mouvements vers Lui... »

 

Mais ce dynamisme est une limitation de la prière.  « Lorsque l'esprit est en mouvement, il est encore dans le domaine d'âme ». C'est un plan encore inférieur et préliminaire, le niveau spirituel n'est pas encore atteint. « Et, dès qu'elle entre dans ce domaine spirituel, la prière cesse. » Le mouvement, l'activité ou la tension cesse. La paix inexprimable et la quiétude viennent. « Tout ce qui est d'implorant cesse, une contemplation vient, et l'esprit prie, mais pas avec la prière. » Et pourtant, on peut appliquer le nom de prière à cet état supérieur, parce que c'est un fruit, une limite à laquelle tend tout élan de prière. Mais la prière qui demande, souciée de quelque chose, précède quand même la prière spirituelle. C'est une acquisition de la prière, l'ascension vers la prière... Et c'est un progrès, une œuvre de la liberté. Et puis, soudain, l'action de l'Esprit se révèle dans l'âme. « Les mouvements de l'âme, en vertu de leur stricte candeur et pureté, deviennent impliqués dans les actions de l'Esprit. Un du grand nombre est honoré de cela, car c'est le mystère de la vie et l'état futurs. L'âme s'élève, tandis que la nature reste inactive, sans aucun mouvement ni souvenir de ce qui est d’ici. » C'est une sorte d'extase ou d'enlèvement de l'âme par la puissance de l'Esprit ; un silence de l'esprit qui est un mystère du siècle futur. Cette quiétude de la contemplation surpasse l'ouvrage. C'est déjà la révélation de Dieu dans un esprit pur. Le Royaume de Dieu est déjà préfiguré, et un nouveau ciel : la lumière et l’Esprit... « Les saints du siècle à venir, lorsque leur esprit est absorbé par l'Esprit, ne prient pas avec la prière, mais sont établis avec admiration dans une gloire joyeuse. Cela nous arrive aussi. Dès que l'esprit est honoré de ressentir la félicité future, il oublie à la fois lui-même et tout d’ici, et n'a plus aucun mouvement vers quoi que ce soit ... Et la liberté est écartée, et l'esprit ne guide pas, il est guidé... » L'âme, dans une unité insondable, s’assimile à Dieu et est illuminée par la lumière supérieure. Mais le don est donné en réponse à un effort, habituellement quand on se tient debout en prière, lorsque l'âme est particulièrement recueillie et concentrée, et se prépare à écouter Dieu. Quand elle est vigilante à la porte royale... Donc la synergie de l'effort et du don, de la liberté et de la grâce, n’est pas annulée dans les hauteurs. Mais lorsque le Maître de maison vient, la recherche s'arrête...

 

 

Source Pères byzantins des V-VIII siècles

Traduit par Olga (TdR)